RÊVES D’ENFANT

 

La fillette raffole de l’étrange tintamarre que lui offre cette agitation. Où qu’elle soit, c’est son père qui lui permet d’apprécier toutes les haltes du temps. Que craint-elle avec lui ?

Il regarde, avec elle, les éclaboussements des lumières qui s’enfoncent dans les carrosseries, les discordants, mutines, aux courbures des tôles qui se suivent sans jamais se heurter.

Après l’enchantement des images placées entre les pages des livres, se laissant contempler dans leurs instantanés, elle goûte, envoûtée, l’étonnante fluidité des couleurs rageuses jetant leurs clignements aux brillances du métal, lui renvoyant à elle des scintillances folles, chevelures de sang sur le miroir des choses...

En cadeau, la nuit accentue des chatoiements surprises au travers des

écrans qui, sans cesse, s’interposent entre elle et les voitures, tels des tirets mouvants qui jamais ne s’arrêtent. Ses rêves recomposent ces brisures en un fil de lumière lui livrant un message désinscrit de l’instabilité de ce flux incessé.

Elle croche dans ces outrances des composante neuves, des variances infinies, des éclats racontant des fragments de bien-être, sans trop savoir, encore, s’ils sont créés pour elle ou si elles les invente pour conjurer ses peurs qu’elle ne veut pas garder lorsque s’estomperont les magiques luisances au bord de ces instants où elle sera seule dans sa petite chambre pour affronter le noir qu’emplissent tous les bruits sans l’apport des couleurs qu’elle contemple inlassée.

Protégée par la vitre, et surtout par son père qui ne la quitte pas, ses yeux posés sur elle et qui lui tiennent chaud bien mieux que l’anorak, pour l’heure déposé sur la banquette brune de la grande brasserie.