RÊVES D’ENFANT

 

Ils voyagent à nouveau sur le ruban gris sombre. Le soleil souverain fabrique loin devant des sortes de mirages laissant imaginer des étendues d’eau sur la voie rectiligne. La brillance s’éloigne à mesure qu’ils avancent.

Le chauffeur, habitué, explique le phénomène à l’adresse de son père. Si l’enfant n’en saisit pas l’explication, elle inclut dans ses rêves la luisance trompeuse : comme ils vont vers la mer cela en est peut-être l’annonce ?

« Tu as raison, lui dit le conducteur, nous allons vers la mer et la mer vient à nous!». Jovial avec la petite qu’il a apprivoisé tout au long du repas. Ensuite, il ajoute : « Je vais bientôt vous laisser, je vais plus loin que vous ».

Empruntant l’aire d’une station, il arrête le camion, aide l’enfant à descendre, l’embrasse sur les deux joues, serre la main de son père et repart sans eux comme il l’a expliqué avant de les laisser.

Son père interroge des automobilistes, la tenant par la main. « Il souhaite, dit-il, se rendre au centre ville ? ». Plusieurs refusent d’abord, les personnes questionnées allant beaucoup plus loin. Puis, un couple, aisé, écoute, les regarde tous deux, accepte de les prendre.

Autres enchantements : la voiture semble glisser sans faire le moindre bruit. Dans ce véhicule tout semble raffiné comme les personnes elles-mêmes. Elle découvre un monde en marge de sa vie, serrée contre son père. Fatiguée par la route elle s’endort contre lui.....

Lorsqu’elle se réveille, la voiture est garée devant un grand hôtel. Vifs remerciements de la part de son père ; la dame, sortie du véhicule, embrasse la petite, serre la main de son père.

Et la trop belle automobile continue son parcours. Eux sont un peu abasourdis du luxe qui les entoure. Ils déambulent un temps dans les rues policées où se presse la foule qu’elle cherche à décrypter, sans trop comprendre encore où elle se trouve. Elle comprend simplement que tous ces promeneurs se révèlent différents de leur vie habituelle.

Leurs paroles et leurs rires aussi sont différents !