RÊVES D’ENFANT

 

 

Son petit corps crispé se détend peu à peu : elle est avec son père. Lui, au moins, doit connaître l’issue de l’aventure. Elle découvre un monde brutal et fascinant se voyant minuscule dans cette cabine vitrée. L’homme qui les conduit ne se montre guère bavard, mais l’énorme machine, entre ses mains expertes, roule tout en douceur !

 

Un monstre apprivoisé ! Elle en est intriguée, en même temps rassurée. Les roues dévorent la route, et la vitesse lui semble quelque peu magicienne. Assurément ils se dirigent vers une autre planète. Elle ne serait même pas étonné si, après une descente, le bolide s’envolait comme le font les avions !

Elle admire en silence l’homme maîtrisant l’engin avec un savoir faire qui la laisse sans voix ! Il a les yeux partout : devinant les traquenards, les contournant, habile, sans même être contrarié par d’autres véhicules se montrant fantaisistes, parfois même imprudents !

Conduire est son affaire, sans même s’en vanter. Il connaît le parcours, annonce les localités que contourne la voie, sans autre précision, comme s’il était partout chez lui dans ce paysage que raye l’autoroute pour s’ouvrir un passage menant toujours plus loin. Avec lui au volant, l’espace se rétrécit pour obéir au flux qui ne cesse jamais.

A des mots de son père, vantant son savoir faire, il précise que l’habitude gomme les difficultés. Lorsqu’il est au volant c’est un peu comme un état second permettant de faire corps avec le véhicule : le bolide a les roues et lui est le cerveau capable de maîtriser la force du camion.

Après un bon parcours le conducteur indique qu’il doit s’approvisionner en carburant au prochain poste indiqué par un panneau immense qui borde l’autoroute.

Pour elle, une découverte, ce lieu cosmopolite, où elle entend d’autres langues qui ne lui parlent pas. Son père lui indique des toilettes pour elle ? Elle a peur de s’y rendre, veut qu’il vienne avec elle pour lui tenir la porte. Il rit et obtempère.

Ils retrouvent sur l’aire le chauffeur qui propose une pause casse-croûte. Attablés, l’homme, en habitué des lieux, fait un signe. Une fille s’empresse. Le géant leur demande ce qu’ils souhaitent prendre ?  Devant l’embarras de son hôte il le rassure alors, dit qu’ils sont ses invités. La jeune fille prend les commandes, s’éclipse. L’enfant, sans s’en lasser, regarde cette salle à manger  singulière où se mélangent les gens et les odeurs.