Les 14 & 15 mars 2009

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Et voici que, ce même jour, deux d'entre eux faisaient route vers un village du nom d'Emmaüs, distant de Jérusalem de soixante stades, et ils conversaient entre eux de tout ce qui était arrivé. Et il advint, comme ils conversaient et discutaient ensemble, que Jésus en personne s'approcha, et il faisait route avec eux ; mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. Il leur dit : « Quels sont donc ces propos que vous échangez en marchant ? » Et ils s'arrêtèrent, le visage sombre. […] Quand ils furent près du village où ils se rendaient, il fit semblant d'aller plus loin. Mais ils le pressèrent en disant : « Reste avec nous, car le soir tombe et le jour déjà touche à son terme. » Il entra donc pour rester avec eux. Et il advint, comme il était à table avec eux, qu'il prit le pain, dit la bénédiction, puis le rompit et le leur donna. Leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent... mais il avait disparu de devant eux. Et ils se dirent l'un à l'autre : « Notre cœur n'était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Écritures ? » A cette heure même, ils partirent et s'en retournèrent à Jérusalem. Ils trouvèrent réunis les Onze et leurs compagnons, qui dirent : « C'est bien vrai ! le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon ! » Et eux de raconter ce qui s'était passé en chemin, et comment ils l'avaient reconnu à la fraction du pain.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Selon qu'il est écrit dans Isaïe le prophète : Voici que j'envoie mon messager en avant de toi pour préparer ta route.

Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers,

Jean le Baptiste fut dans le désert, proclamant un baptême de repentir pour la rémission des péchés.

Et s'en allaient vers lui tout le pays de Judée et tous les habitants de Jérusalem, et ils se faisaient baptiser par lui dans les eaux du Jourdain, en confessant leurs péchés.

Jean était vêtu d'une peau de chameau et mangeait des sauterelles et du miel sauvage.

Et il proclamait : " Vient derrière moi celui qui est plus fort que moi, dont je ne suis pas digne, en me courbant, de délier la courroie de ses sandales.

Moi, je vous ai baptisés avec de l'eau, mais lui vous baptisera avec l'Esprit Saint. "Ma

 

"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Soyez sur vos gardes. On vous livrera aux sanhédrins, vous serez battus de verges dans les synagogues et vous comparaîtrez devant des gouverneurs et des rois, à cause de moi, pour rendre témoignage en face d'eux.

Il faut d'abord que l'Évangile soit proclamé à toutes les nations.

" Et quand on vous emmènera pour vous livrer, ne vous préoccupez pas de ce que vous direz, mais dites ce qui vous sera donné sur le moment : car ce n'est pas vous qui parlerez, mais l'Esprit Saint.

Le frère livrera son frère à la mort, et le père son enfant ; les enfants se dresseront contre leurs parents et les feront mourir.

 Et vous serez haïs de tous à cause de mon nom, mais celui qui aura tenu bon jusqu'au bout, celui-là sera sauvé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Etant arrivé ils se trouvaient tous ensemble dans un même lieu, quand, tout à coup, vint du ciel un bruit tel que celui d'un violent coup de vent, qui remplit toute la maison où ils se tenaient.

Ils virent apparaître des langues qu'on eût dites de feu ; elles se partageaient, et il s'en posa une sur chacun d'eux.

Tous furent alors remplis de l'Esprit Saint et commencèrent à parler en d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer.

Or il y avait, demeurant à Jérusalem, des hommes dévots de toutes les nations qui sont sous le ciel.

Au bruit qui se produisit, la multitude se rassembla et fut confondue : chacun les entendait parler en son propre idiome.

Ils étaient stupéfaits, et, tout étonnés, ils disaient : " Ces hommes qui parlent, ne sont-ils pas tous Galiléens ?

[…] Pierre alors, debout avec les Onze, éleva la voix et leur adressa ces mots : " Hommes de Judée et vous tous qui résidez à Jérusalem, apprenez ceci, prêtez l'oreille à mes paroles.

Non, ces gens ne sont pas ivres, comme vous le supposez ; ce n'est d'ailleurs que la troisième heure du jour.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quand le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, escorté de tous les anges, alors il prendra place sur son trône de gloire

Devant lui seront rassemblées toutes les nations, et il séparera les gens les uns des autres, tout comme le berger sépare les brebis des boucs.

Il placera les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche.

Alors le Roi dira à ceux de droite : "Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde.

Car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger, j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire, j'étais un étranger et vous m'avez accueilli,

nu et vous m'avez vêtu, malade et vous m'avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir. "

Alors les justes lui répondront . […]

Alors il dira encore à ceux de gauche : "Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et ses anges.

Car j'ai eu faim et vous ne m'avez pas donné à manger, j'ai eu soif et vous ne m'avez pas donné à boire,

j'étais un étranger et vous ne m'avez pas accueilli, nu et vous ne m'avez pas vêtu, malade et prisonnier et vous ne m'avez pas visité. "

Alors ceux-ci lui demanderont à leur tour : "Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé ou assoiffé, étranger ou nu, malade ou prisonnier, et de ne te point secourir ?"

Alors il leur répondra : "En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous ne l'avez pas fait à l'un de ces plus petits, à moi non plus vous ne l'avez pas fait. "

Et ils s'en iront, ceux-ci à une peine éternelle, et les justes à une vie éternelle.

 

 

Ouverture …

Luc 24 ; 13 - 35

I-  Un temps de crise : entre souffrance et espérance ! 

Marc 1 ; 1 – 8

A- La fin d’un cycle : Apocalypse & Crise

B- Travail d’extraction

C- La Shoah

D-Dislocation des liens sociaux

  II- une Eglise qui se rétracte : faire avec et regarder loin devant !

Marc 13 ; 9 – 13

A-L’attachement au territoire : un mirage

B- Reste un discours qui n’est plus relié

C- Transversalité.

D-Acculés à nous repositionner dans l’Eglise.

III-    La Maisonnée : un chemin quotidien …

Les Actes des Apôtres 2

A-Nous ne sommes pas seuls .

B- La table : tous sur un même « plan » 

C- Les gestes de la fraternité …

D-Des verrous à faire péter …

En guise d’envoi : parler en homme de foi !

Matthieu 25 ; 31 – 46

Luc 24 ; 13 - 35

F

in Novembre 2005, début 2006, nous étions invités à nous mettre en chemin, à tirer chemin, non pas dans un mouvement de fuite ou de repli, mais dans le mouvement du désir. Ah le désir ! Désir de l’homme, désir de Dieu, désir de l’autre, désir d’ouvrir un avenir ! Désir ? Tout ce qui nous détache de toutes sidérations que celles-ci soient dans le ciel ou sur terre. Alors nous pouvons prendre la route sans nostalgie pour les lieux et les temps d’hier, sans nous accrocher à ce qui a eu lieu, sans oublier ce qui nous a fait vivre. Alors nous pouvons prendre la route et prendre dans le même temps tout ce que nous y découvrirons, goûter les mures dans les ronces, grappiller après les vendangeurs pour un vin abondant qui n’aura rien à envier, mon Dieu, aux vins des grandes messes, mâcher l’épi de blé qui n’aura pas renoncé, à mûrir, à nourrir au creux du fossé celui qui aura pris la route, mâcheur et marcheur … Prendre la route et prendre la vie qui va avec, à pleines mains. Sinon à quoi bon ? A quoi bon ne pas regarder l’homme et son histoire, chaque homme et chaque histoire, dans toute sa complexité, dans toutes ses dimensions et contradictions, dans les promesses tenues et celles difficiles à tenir, dans les erreurs de visées et ces choix qui vont si bien … A quoi bon rêver un chemin rectiligne. Non le chemin, il est courbe et zigzag, il est plaine et montagne, il est sprint et flânerie, il est détour désespérant et raccourcis inattendus … Le chemin est patience, pardon et amour.

Dans les Ecritures le chemin n’est jamais écrit d’avance. Il s’ouvre à chaque fois que nous osons un pas, il se précipite à chaque fois que les trippes se serrent ou tressaillent, il se fait détour à chaque fois qu’il y a appel à prendre soin, à partager, à rencontrer … C’est un chemin qui s’envisage, aux 1001 visages.
 

Deux hommes sont en chemin pour le village d’Emmaüs, un troisième homme s’approche et fait route avec eux ; la discussion entamée à deux se poursuit à trois jusqu’aux environs d’Emmaüs. Le troisième homme projette de poursuivre sa route. Le chemin se fait alors invitation – non pas une invitation de politesse – une invitation forte, généreuse, à ouvrir une porte, à se mettre autour d’une table, à partager un peu de pain, à se reposer autour d’un verre de vin … Et là se passe un quelque chose étonnant et détonnant : des yeux s’ouvrent, des actes de reconnaissance et de compréhension, de l’invisible qui devient visible et du visible qui devient invisible, ce qui était sans lumière devient lumineux, et ce qui était en lumière, palpable, entre dans l’ombre … Un régal pour Arcabas !

Ainsi pour nous, le chemin s’accompagnera toujours d’une invitation, de la porte ouverte sur la maisonnée et réciproquement la maisonnée ne nous dispensera jamais du chemin ! Chem’Verts c’est un peu cela, c’est le chemin qui se fait halte, c’est la pause sur le bord du chemin, « assis en cercle autour de lui ».

S’engager sur un tel chemin nécessite de nous positionner dans l’Eglise pour vivre pleinement notre liberté de Chrétiens. Chaque jour nous voyons l’Eglise se distordre dans les tensions qui la travaillent entre, d’un côté, une Institution, un courant ultraconservateur, qui se replie et défend une dimension ecclésiale centrée sur la « Chrétienté » : dimension hiérarchisée, ritualisée, traditionnaliste … et, d’un autre côté, un mouvement qui réclame une Eglise plus pulpeuse en Evangile, plus démocratique, moins dogmatique … C’est toujours un peu grossier de couper les choses en deux mais c’est le principe de la fracture, de la cassure …

Il m’a semblé que la Maisonnée, cellule minimale du vivre ensemble fraternel, devait être aujourd’hui pensée dans un monde en mutation profonde où les repères manquent cruellement.

Enfin, j’ouvrirai quelques pistes de réflexions sur la Maisonnée en elle-même afin d’oser une pratique, d’oser expérimenter, d’oser retrouver les mots et les gestes des premières communautés chrétiennes.

 

 

 

 

1-              Un temps de crise : entre souffrance et espérance !

Marc 1 ; 1 – 8

N

ous sommes donc certainement à la fin d’un cycle, un temps grave, difficile et pas facile. Difficile parce qu’il porte son lot de souffrance : des plus douces pour nous qui perdons la stabilité d’hier, les grands courants de pensées, les –ismes, qui avons à résister dans un confort certain à un drôle de monde, drôle de manière de gouverner, résister à une République qui met des millions de personnes sur le bas côté, aux plus cruelles quand nous sommes touchés en pleine face, en plein cœur, en pleine conviction … par ces lames de fond.

Et pas facile parce que compliqué à penser, à envisager, à s’orienter, se repérer raisonnablement !

Ce n’est pas la fin d’un monde et encore moins la fin du monde ! Les choses iront comme elles iront, nous ferons avec et nous nous en sortirons !

A-La fin d’un cycle : Apocalypse & Crise

Je voudrais commencer cette réflexion par deux mots tirés des Ecritures : Apokalupsis et krisis :

Apokalupsis : révélation, découvrement, dévoilement : nous sommes encore et déjà dans ce temps où se lève un coin du voile, où le volume- quand les livres étaient encore des rouleaux- se déroulant nous pouvons enfin déchiffrer le verso du texte. Et c’est vrai qu’à y regarder de plus près ou avec un peu plus de recul, nous sommes dans un de ces temps qui donne à voir ce qui en temps ordinaire est caché, recouvert, voilé. C’est bien évidemment un exercice délicat entre les prophètes de la mort qui ne voient plus en ce monde qu’un monde qui meurt, qui se déchire, qui s’entre-tue … qui ne voient plus en ce monde que les mécanismes des pouvoirs, de manipulations, de domination, de la jalousie … et les faux prophètes de l’amour tout aussi dangereux par leur vision distordue du réel, de notre humanité … vision d’un homme qui pourrait et devrait rentrer dans des cases, des normes, aussi prometteuses soient elles … vision d’un homme qui pourrait prendre un chemin tracé d’avance par un dieu, par une Eglise, une Institution, d’autres hommes …

Mais un temps passionnant parce que se redessinent sous nos yeux des frontières nouvelles … qui bouscule, dé-pose un ordre qui peu à peu s’était posé et que certain ont cru définitif. La vie nous montre pourtant avec évidence que chaque génération vient bousculer un ordre que la génération précédente avait soigneusement établi, rangé … Il n’y a qu’à voir l’arrivée d’un enfant dans un foyer …

Krisis : faculté de distinguer, de séparer d’où de décider, de juger. C’est l’issue, le dénouement, le résultat (Kri : choisir, trier / Discerner) Il y est question de discernement … Et donc là aussi c’st exigent parce qu’il faut abandonner les discours de curés … et des discours de curés il n’y en a pas que dans les Eglises … ces discours de resucées auxquels on se rattache pour éviter le risque de penser, d’inventer de nouvelles pistes pour demain. Des discours de curés, il y en a donc à l’Université, à l’Eglise, discours sur l’économie, sur la psychologie …

Temps de crise donc qui nous appelle à distinguer les vers de la mort et les germes de la vie.

Je repense à une Maisonnée qui a foiré pendant le Temps de l’Avent et qui était centrée sur le témoignage de Jean-Baptiste, lui le précurseur, l’initiateur de signes. Nous étions à la pliure du Livre, entre l’Ancien et le Nouveau Testament, entre un hier et un demain. C’était une bonne occasion de nous replonger dans les paroles et les gestes du passé pour ouvrir un nouveau chemin, de nous montrer sensibles à ce qui s’annonce aujourd’hui, à ce qui prend forme à l’écart des grandes institutions qui se meurent. Nous aurions pu nous rassembler à la charnière du Vieux et du Neuf, autour de la figure de Jean-Baptiste, figure du prophète de l’Ancien Testament, enseignant dans le désert et le dénuement, proclamant une parole touchant au cœur des hommes de son temps, porteuse de liberté et d’enthousiasme, pratiquant un baptême riche de sens, nous réunir au creux d’une très longue histoire, dans le creuset de la vie et de la parole, da ns le creuset de toutes créations là où s’accumulent les traces et les strates du passé, la matière du présent, et où déjà naît une œuvre nouvelle, un élan nouveau ! Jésus n’est pas arrivé en terre inconnue mais sur un chemin balisé ! Il est venu dans l’attente et dans le désir ! Un œil sur l’histoire qui s’écrit, un œil sur le temps qui advient, un regard surtout sur les germes, pour que nous puissions les repérer, les accompagner, les protéger, pour que nous puissions veiller à leur croissance …

B- Travail d’extraction

Crise philosophique aussi ! 2000 ans de philosophie, de pensée grecque, qui ne sont plus opérantes. Qui l’ont été évidemment, pensées extraordinairement riche et efficace ! Mais aujourd’hui inopérante. Nous vivons avec des systèmes, des outils qui sont des jougs, des fardeaux … En 2000 ans la pensée grecque et les Ecritures se sont mêlées, emmêlées, les Ecritures et 2000 ans de commentaires moralisateurs, dogmatiques… Il y a aujourd’hui un écran qui nous empêche de lire et d’entendre les Evangiles. Ce ne sont pas les textes qui sont compliqués, c’est nous qui avons perdu un accès simple aux Evangiles. Nous sommes face à une nébuleuse … de mots et de fils complètement emmêlés ! Le travail ? Relire Saint Augustin pour les plus courageux et extraire, à 3 ou 4 réunis, dans une sombre argile des pépites pour aujourd’hui, dénouer fil à fil, mot à mot, discerner pensée après pensée, ce qui est du vrai et ce qui est du faux, ce qui est efficient et ce qui ne l’est pas. Ce n’est pas réjouissant mais je crois qu’il n’y a aujourd’hui que ce chemin. Il n’est pas possible que rien ne sorte d’un tel travail de patience. Exégèse : mener hors de … Ce travail n’aura jamais aussi bien porté son nom.

C- La Shoah

Prêtres négationnistes ? On ne leur demande pas de s’excuser comme s’ils avaient volé des bonbons. Peut-être faut-il penser la crise qu’a essuyée l’Eglise après la seconde guerre mondiale en lien avec la Shoah ? Qu’est-ce qui secoue régulièrement l’Eglise, en profondeur, avec ces affaires …

Quelle conception de Dieu, de l’humanité, ont ces hommes ?

Leur Dieu n’est pas intervenu de sa main toute-puissante pour arrêter l’Histoire qui était en marche. Pour des adeptes du Créationnisme, la pilule est difficile à avaler.

L’homme est capable et de quelle manière d’exterminer une part d’humanité … Il ne suffit pas de dire plus jamais ça ou pire ça n’a pas existé … C’est Dieu et l’Homme qu’il faut regarder en face.

D-Dislocation des liens sociaux

Nous sommes tous sensibles, je crois, à cet aspect de notre monde. Nous en connaissons les maux les plus durs : exclusion, solitude, misère, dépression …

Nous en connaissons quelques causes : individualisme, perte ou dysfonctionnement du collectif …

Mais c’est une question très subtile qui touche beaucoup de personnes qui ne sont pas dans l’exclusion ou le mal-être. Nous nous retrouvons souvent seuls, face à des magazines, des écrans, des livres, qui font plus culpabiliser qu’autre chose. Nous avons perdu des lieux, des temps, qui nous permettaient d’envisager les évènements avec plus de liens, qui permettaient dans et entre les générations de transmettre et de vivre un peu plus sereinement. Dans le même temps il y a une multiplication des canaux de communication, de savoir, des associations … mais qui ne répondent pas à cette question, à cette solitude d’un homme ou d’une femme qui essaie de vivre simplement sa vie et d’y comprendre quelque chose …

 

 

 

 

 

II-Une Eglise qui se rétracte :
faire avec et regarder loin devant !

Marc 13 ; 9 – 13

D

ifficile d’envisager une manière de vivre l’Evangile, de vivre en Eglise, dans l’Eglise, sans nous interroger sur ce qui se passe dans nos paroisses, sur les positions et les orientations que prend le Vatican, sans nous interroger sur cette force qui la pousse à exclure, condamner sans entendre le moins du monde les souffrances qui se trament derrière nos ruptures, nos blessures mais qui sont parfois de simples choix de vie. On ne peut pas continuer à exclure les personnes divorcées parce qu’elles continuent à aimer, des hommes ou des femmes qui ont choisi de « maîtriser » l’arrivée des enfants dans leur foyer, condamner des femmes qui choisissent un avortement … Les temps ont changé … Nous ne sommes plus au début du XXème siècle, quand les femmes n’avaient pas le choix et voyaient leurs enfants mourir au fil des ans …

A-L’attachement au territoire : un mirage …

L’homme ne lâche pas son territoire ! Dans certaines régions cela se voit par des chemins qui relient chaque maison isolée et chaque chemin relie d’autres chemins … Le territoire ce n’est pas une succession de domaines privés !

L’Eglise, elle aussi, ne veut pas lâcher son territoire ! Il y a donc une solution : une organisation verticale, hiérarchique … Un Evêque, un Curé, une Paroisse et des Fidèles … On fait croire à l’occupation du territoire ! Mais ce sont des terres à l’abandon …

On met en œuvre une pastorale de la peur, une pastorale centrée sur les rites, les règles … On rejette, on exclut … avec plus ou moins de finesse hors des murs de l’Eglise pour retrouver un peuple de Dieu régénéré, homogène, discipliné, un peuple de fidèles, de serviteurs d’Institution … Et régulièrement on voit l’absurdité ici et là de ce recentrement sur le chœur de l’Eglise … Erreur de communication, ignorance … nous dira-t-on ! Mais bien sûr …

B- Reste un discours qui n’est plus relié

Le temps est loin où il y avait un prêtre pour faire vivre une paroisse à taille humaine. Il pouvait, lui, à sa table ou dans son jardinet, faire aller les choses, expliquer, arrondir les angles, laisser aller ce qui devait l’être, écouter l’inavouable d’un ordre social établi. Il y avait un prêtre qui pouvait mettre un peu d’humanité sur un discours rigide, tranchant … pour que la vie continue sur son bout de terre.

Aujourd’hui reste un discours religieux qui n’est plus lié à nos vies, fardeau moral qui pèse sur les hommes et les femmes d’aujourd’hui, incompréhensible, lourd, inapproprié … Un discours qui ne tient plus la route des hommes.

C- Transversalité

Eglise, Ecole … C’en est fini !

Et pourtant c’était là que ça bouillonnait, que ça fourmillait, que ça brassait, se mélangeait ! Sur les frontières ! On n’y trouvait certes pas des hommes et des femmes de droit, de catéchèse … mais des êtres généreux, fraternels, qui s’y retrouvaient, qui pouvaient se causer, qui pouvaient causer avec le curé. C’était une frontière de passage, de rencontre … se dresse maintenant un mur …

C’était en ce lieu que l’invitation à partager un bout de chemin en Eglise avait un sens … Aujourd’hui s’il y a invitation, c’est une invitation à adhérer …Invitation rude, introduction au cœur de l’Eglise avec ses idéologies, ses pratiques religieuses, ses sacrements ritualisés, sa sacro-sainte Eucharistie …

Cela fait des années qu’on donne des coups de couteau à ceux et celles qui faisaient ce boulot. Je n’ai pas connu, il semblerait que ça ait commencé avec les prêtres ouvriers, les Actions Catholiques (ACO, JOC …)

D-Acculés à nous repositionner dans l’Eglise

Nous n’avons pas changé, pas tant que ça il me semble …  et nous nous retrouvons à la rue, rejetés mécaniquement par une Eglise qui se concentre …
Ainsi si nous ne renonçons pas, nous sommes automatiquement mis dans un mouvement de résistance même passive.

Nous n’avons pas changé, pas tant que ça … L’Eglise est entrée dans un mouvement d’imperméabilisation, de purification idéologique … Résultat : des centaines, des milliers, de personnes sont refoulés sans le vouloir …

Il y a quelques décennies seulement, après la seconde guerre, il y avait à Gerland, quand ce quartier était un quartier ouvrier, pauvre, un évêque, Mgr Alfred Ancel, qui avait un petit logement –porte ouverte sur le monde - au cœur de ce quartier. Il travaillait à l’usine. Que reste-t-il de ce temps-là, de cette pastorale …

 

III-              La Maisonnée : un chemin quotidien …

J

’aime penser que Chem’Verts, les Maisonnées, viennent dans ce monde et dans cette Eglise et que cela est bon pour le monde et pour l’Eglise. Des terres, des hommes, sont à l’abandon … Quel travail immense d’y tenir notre place, fidèles à nos convictions, à nos inspirations, nourris de ce que nous entrevoyons dans les Ecritures. Mais bon, une Maisonnée c’est une famille, un foyer, quelques amis, des collègues … Si nous ne sommes pas en mesure de changer le cours du monde, peut-être pouvons-nous nous atteler à cette petite tâche – c’est que du bonheur de toute manière - ! Inventer des chemins, des haltes, qui ont le goût et les couleurs de la fraternité, avec une souche unique : le Christ, mais combien de surgeons, de rameaux, de boutures, qui courent de génération en génération …

Les Actes des Apôtres 2

A-Nous ne sommes pas seuls !

Il est vrai qu’il ya un fort courant conservateur dans l’Eglise que ce soit par idéologie, par crainte ou simplement par docilité, par lassitude … Il y a tant d’hommes et de femmes qui servent une Eglise qui les trompe jour après jour, décision par décision …

Mais il y a un autre courant qui est fort également, plus essaimé, moins lisible … Ce sont ceux du Parvis, du Réseaux, du Pavé, ce sont ceux de TC et de Golias … et ce sont surtout des personnes comme vous et nous, des religieux, des clercs, des laïcs qui sentent que nous sommes arrivés au bord d’une fracture et qui ne veulent pas de rupture.

C’est un courant qui a ses penseurs, ses théologiens, ses théoriciens et ses praticiens … Ce sont des hommes et des femmes qui veulent simplement revenir aux Evangiles.

Si vous allez à Mazille, vous entendrez ces auteurs qui lancent des pistes, qui ouvrent des chemins sur le plan ecclésiale mais sur d’autres plans qui nous concernent au premier chef : le politique, l’économique, le social, la justice …

Donc nous ne sommes pas seuls ! Il faut continuer à se nourrir, se relier, s’écouter … On verra bien comment cela prendra forme demain …

Et c’est important de se le redire pour ne pas désespérer, pour ne pas renoncer, pour ne pas se replier à notre tour

B- La table : tous sur un même « plan » 

Avec cette histoire de réintégration des intégristes et des négationnistes, les uns pour peut-être mieux faire rentrer les autres, nous sommes allés priés dans une Communauté protestante, Communauté de l’Est-Lyonnais, Centre T. Monod. Ca fait du bien d’aller respirer du côté des Protestants.

Mais la structure de base est la même : il y a un homme ou une femme face à une Assemblée de fidèles. Une personne qui cause, célèbre, bénit … une Assemblée qui reçoit ...

Avec Chem’Vert nous pouvons nous dégager de cette architecture et enfin nous mettre à une même table, sur un même plan de travail, de prière, de communion … Nos pieds et nos mains sont enfin au même niveau ! Cela peut paraître anecdotique … Cela ne l’est pas … Enfin nous pouvons envisager, en Eglise, quelque chose de la fraternité … La fraternité ça commence là : d’avoir les pieds sur le même plancher !

C- Les gestes de la fraternité

Ce sont des gestes, pétris que nous sommes par le Christ, que nous connaissons sur le bout des doigts et que nous vivons au quotidien(dit avec un peu d’ironie). Le problème ? C’est que l’église du coin n’est plus le lieu pour partager ces gestes de fraternité, n’est plus le lieu opportun pour s’inviter, se retrouver … « Salut mon gars Dimanche on se fait une messe à Rillieux, ca te dit ? » Ca n’ le fait pas.

Par contre ouvrir la porte de l’appartement … On y croit, c’est possible … Et là va pouvoir se vivre, se tisser, s’entendre des mots de l’Evangile, là va pouvoir naître des gestes, des paroles de l’ordre du soin, de l’accueil, de la prière, de la déculpabilisation, pouvoir délier et relier ce qui fait nos vies … là nous allons peut-être pouvoir mettre sur la table, du pain, du vin, et à cinq ou six, mettre nos mots sur ces offrandes, laisser aller des paroles et des gestes d’amour, de fraternité, de communion …

Peut-être faut-il commencer avec nos proches, les chrétiens autour de nous … puis les amis viendront, puis les collègues, puis nous verrons biens une nouvelle fois comment cela prendra forme.

C’est vrai qu’il y a une forte attente, nous nous retrouvons seuls dans bien des domaines, (distension des liens sociaux, familiaux, professionnels … même s’il n’y a pas rupture) et celui qui veut s’atteler à cette tâche ne manquera pas de travail ! Mais il est vrai que nous ne nous adressons plus depuis bien longtemps à des paroissiens mais à des gens du monde qui ont leurs aprioris … Ils sont loin de notre culture … Mais pour l’instant je ne veux pas trop jouer aux disciples évangélisateurs … Il s’agit d’abord de nous mettre en ordre de marche, de vivre ce que nous avons à vivre, dans des lieux qui nous correspondent !

D-Des verrous à faire péter … Le souffle de Pentecôte

Je pense au récit de Pentecôte : à ces apôtres enfermés dans leur salle de réunion … Il devait régner un sacré trouble dans leur monde à eux. Le chemin qu’il devait trouver pour continuer la route ne devait pas être évident ! Les difficultés, les clivages,  étaient rudes sur le plan religieux, politique, social … Et pourtant les choses vont se décoincer, se déverrouiller … Pierre va prendre la parole face à tous ceux qui étaient à leur porte, une multitude … et l’on connaît la suite. Quelle est donc cette ivresse qui les a transportés ?

Quels sont nos verrous ? Qu’est-ce qui nous empêche d’ouvrir la porte de la Maison ? A chacun de trouver les verrous, les clefs et surtout cette ivresse qui fait basculer la vie, rebondir les évènements …

 

 

 

 

 

En guise d’envoi : parler en homme de foi !

Matthieu 25 ; 31 – 46

U

ne des difficultés pour notre temps est de savoir où et d’où l’on va parler. D’une manière générale en tant que Chrétiens et en particulier à partir de nos maisonnées. Nous ne sommes pas du monde mais dans le monde : nous ne pouvons donc pas nous dissoudre complètement dans la masse du monde, nous avons des saveurs, des couleurs, à garder précieusement. Nous ne pouvons pas non plus parler dans l’Eglise telle qu’elle se donne à voir et à entendre aujourd’hui. C’est devenu un déchirement personnel insupportable, invivable !

D’où allons-nous donc parler et agir évidemment ? Je crois que ce qui se dessine pour demain c’est une nouvelle frontière … et j’ai en tête ce qu’on appelle le jugement dernier au chapitre 25 de saint Matthieu, un jugement qui n’a rien de dernier puisqu’il se joue sous nos yeux fiévreux. Une séparation entre les hommes de foi et les autres. Entendez la foi au sens le plus large : la foi en ce qu’elle déborde très largement les limites dessinées par l’Eglise. Un nouveau découpage va se mettre en place entre ceux qui croient et ceux qui servent … bien malin est celui qui peut dire aujourd’hui quelle forme cela prendra demain dans notre société. Mais nous pouvons déjà nous positionner pour accompagner et voir naître ce mouvement.

Les Maisonnées sont ces lieux, cellules primaires, où l’on va pouvoir mettre en œuvre cet Evangile, où l’on va pouvoir parler en homme de foi … Il y aura d’autres lieux à investir pour d’autres projet et là aussi si nous voulons nous situer ce sera sur cette question de la foi !