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Histoire de ''sœurs qui vont aller en enfer ! '' « J’entends ici des choses que je ne connaissais pas du tout ». |
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| C'est en Mai
1992 que les sœurs du Prado arrivent, sur ce bout du Viennois, appelées
par le Père Michel Mondésert.
'' Allez draguer sur les bancs
'' Evangile pour nous , aujourd’hui '' |
près deux appels écrits lancés sans résultat aux Supérieures du Prado, trois laïcs de la zone sont allées à Lyon au Prado . A cette époque, des sœurs arrivaient à la retraite. Une Assemblée générale a libéré des sœurs. Nous sommes venues à Estressin pour une mission de présence aux plus pauvres, aux émigrés, une participation à la vie ecclésiale, aux mouvements d’Action catholique en Monde ouvrier.. Que faire ? Comment nous implanter ? Le Père
Mondésert nous a dit : « Allez draguer sur les bancs et ça viendra tout
seul ». C’est ce qu’on a fait. Nous n’avions pas d’activité et nous avons résisté aux offres parfois pressantes de chrétiens pour nous engager rapidement dans des activités d’Eglise. Nous voulions prendre le temps. Nous sommes allées au Centre social où il existait un groupe d’échange des savoirs et on a démarré comme ça ,en y participant. Par ailleurs une femme avait démarré un groupe de tarot, j’y suis allée. Elle ne savait pas que j’étais sœur. Ce fut la surprise quand elle l’apprit. Pour la catéchèse des enfants, Thérèse (une autre religieuse) a travaillé en se servant du programme des Editions de l’Atelier (plus adaptée à notre quartier). Les catéchistes ne comprenaient pas pourquoi nous ne prenions pas le catéchisme de tous les autres. Aux réunions, nous râlions parce que nous trouvions l’inscription au catéchisme trop chère… Après deux ans, quelques uns ont compris .Une personne nous a dit alors : « Je me disais, ces sœurs ne veulent rien faire » . Ce fut pareil à St Maurice l’Exil où les sœurs ont eu la même démarche. Mais il y a toujours des gens qui ne comprennent pas. Un jour, à une manif contre l’expulsion de voisins ,quelqu’un a dit :« Ces sœurs vont aller en enfer. Que font-elles ici ? » D’autres communautés de religieuses sont implantées dans des quartiers populaires : d’abord à Saint Maurice l’Exil puis au Plan des Aures, à Malissol. Nos voulions regarder ensemble ce que nous découvrions dans ces quartiers. Nos avons organisé des rencontres pour reprendre cette vie, la relire avec l’évangile, le projet de nos instituts. Ces rencontres fraternelles étaient pleines de vie , d’amitié, de rires. Ce fut un grand soutien dans notre insertion. Assez vite , avec la participation de Christophe, on décide d’ouvrir ces rencontres à des chrétiens vivant dans nos quartiers et intéressés par notre partage. Ainsi est né ce groupe « Quartiers populaires » qui continue à se réunir 3 ou 4 fois par an. Quand Yves Raymond était là, nous l’avons invité. Très intéressé, il nous a dit : « J’entends ici des choses que je ne connaissais pas du tout ». La participation de l’une de nous, chaque semaine au Secours populaire nos a fait rencontrer beaucoup de femmes maghrébines. D’année en année, on a vu la pauvreté grandissante, des familles chaque mois plus nombreuses viennent retirer un colis pour se nourrir. Souvent il y a des enfants en bas âge. Etant un Institut international, nos avons accueilli à Estressin 2 sœurs du Prado étrangères en France. Une indienne, Kripa pendant un an, l’autre coréenne, Lydia, pendant 2 ans. Cette dernière a participé avec des jeunes étrangers chrétiens vivant sur la zone à une rencontre à Lourdes organisée par la Pastorale des migrants. Ils ont pu partager leurs difficultés pour les visas, papiers etc…leurs interrogations devant la vie des français déroutante pour eux, et aussi les richesses de leur propre histoire et culture. Ce qui a fait dire à une jeune arménienne de 16 ans arrivée récemment de Turquie : « Je me sens moins seule maintenant, ça va m’aider à vivre ». Toutes les communautés de religieux et religieuses de la Zone se retrouvaient 2 fois par an à l’initiative du Père Mondésert. Après son départ, ce groupe a continué, a élu un bureau qui propose la réflexion. C’est une joie de se retrouver et de mieux se connaître dans des missions très différentes. Ce groupe a demandé à Guy de Kérimel d’être consulté sur la question de la zone. Dans un groupe Eveil de la foi, auquel nous participions, une femme seule avec 5 enfants était dans une situation très difficile .Elle venait là pour ses enfants. Un jour elle a dit : « J’aimerais être baptisée ». Christophe (le prêtre du quartier) a constitué une équipe autour d’elle, avec une maman et l’un de nous . Il y a eu toute une préparation « catéchuménat. » La communauté , avec un couple de militants ACO a mis en place un groupe pour lui permettre de progresser. On a proposé à d’autres personnes en recherche de venir à ce groupe qui s’est étoffé. Un dimanche par mois, le groupe se retrouvait , avec ou sans messe, sous le titre « Evangile pour nous , aujourd’hui » En même temps , la mission ouvrière se réunissait, pour fêter Noël, Pâques, les gens y sont venus. Même les divorcées, qui se sentaient mal ailleurs, y étaient à l’aise. Ce groupe existe toujours ,depuis 7/8 ans. Là où la zone a été un petit appui, c’est lorsque Monique Gaget a invité à se rencontrer des groupes dispersés qui faisaient lecture de la bible. Chaque groupe a dit ce qu’il faisait et comment il travaillait la bible. La plupart faisait seulement de l’étude biblique. Le prêtre qui animait nous a dit, à nous : « Vous avez une optique très apostolique ». |
Dans les rencontres du groupe Evangile., avec Vincent et Max (deux prêtres de la zone), notre grand souci était que les femmes disent ce qu’elles vivaient. Mais ces femmes, elles ,voulaient apprendre et connaître. Quand nous voulions arrêter quelqu’un qui parlait trop pour enseigner, elles disaient : « Laisse le parler ». Il y a eu aussi l’exposition biblique avec Cathédrale vivante. On voulait que notre groupe se sente bien dans l’église et pas à part. A une rencontre des groupes bibliques, Soazic Mouchot est venue expliquer : « chaque groupe choisit un personnage biblique et le présentera avec des panneaux dans la cathédrale ». Nous n’étions pas chauds. Mais une de nous est allée à la réunion suivante et est revenue avec toute une documentation. On s’est embarqué. On a pris Ruth, -dans l’ancien testament- d’abord car le livre n’était pas gros et aussi parce que c’était une femme. A la lecture du premier chapitre, une de nous a dit : « Mais ça ,c’est ma vie ! Mes parents sont partis d’Espagne a cause de la misère ». On a fait quatre partages. Pour dessiner ,on a fait appel à quelqu’un qui, maintenant vient au groupe. Le jour de l’inauguration, Pierre ( un prêtre de la zone) a présenté avec des paroles très simples. Puis il a dit : « S’il y en a que ça intéresse de faire un parcours sur la bible, on s’engage pour trois ans. » Depuis septembre ,on est 4 à aller à ce parcours biblique de vingt personnes. Certaines trouvent cela dur …et passionnant ! Je fais partie aussi du CCFD .J’y ai rencontré des chrétiens actifs, c’est marquant ici. Reine (l’autre sœur) est très engagée dans la pastorale Santé/social .Elle va à la Maison de retraite de l’Argentière. Elle se retrouve à l’équipe (au niveau de la zone) animée par Dutel, plus orienté sur l’hôpital. Mais elle, c’est le quartier et elle participe à des préparations pour d’autres groupes. Il y a aussi toute la vie du quartier. Pour les problèmes de logement, on fait partie de la CSCV des locataires. On est mêlé aux problèmes d’interphones , de voisinage ,de drogue, de mère qui croyait que son ancien mari ne voulait pas lui rendre l’enfant à la fin des vacances, d’homme menaçant avec un fusil chargé, d’alcoolisme de voisins…On intervient pour calmer . A propos de drogue, car il y a des réseaux ici, un gamin a été interrogé par le commissariat. On lui a fait dire tous les noms des dealers. Puis les policiers ont a dit à la famille : « Quittez le quartier maintenant, car c’est dangereux pour vous. » Effectivement ,leur jardin et leur poulailler ont été saccagés dans les jours suivants. La famille est partie. C’est toute la vie d’un quartier populaire qu’on a vécu. Cela ,il faut le vivre. Avec les musulmans, il se passe des choses intéressantes. Un algérien, marié à une française catholique originaire du nord ,est mort d’un cancer. La femme est venue chercher chez nous des grandes marmites pour préparer à manger pour la famille le jour de l’enterrement. Puis elle nous a dit : « Ne pourrait-on pas prier pour lui, musulman ? » Avec le Père Christophe, on a fait une petite célébration à la chapelle. Sa fille, des voisins étaient là avec d’autres filles de familles « mixtes ». On a lu deux textes. Il y avait une communion très forte entre nous. Tout le monde est venu signer un registre qu’on avait posé sur l’autel. Personne n’avait envie de repartir. La dame nous a invités ( nous étions 11) chez elle. Alors que nous étions là, le téléphone sonne. C’est l’entreprise où elle travaille en intérim qui lui demandait de venir travaille à 8 heures du soir. Elle est partie. Des vies dures. Au dernier étage, il y un couple de musulmans, qui a 7 enfants, qui est allé à La Mecque. A leur retour, il a fallu aller chez eux, ils avaient rapporté un cadeau pour chacun. Très croyants , très accueillants. On a droit au couscous pour les fêtes. Dans le quartier , on se sent à l’aise. On n’a jamais eu de sérieux problème de voiture. Des gens surveillent même notre voiture et nous avertissent quand ils voient des gamins tourner autour. Un moment de bonheur, ce fut ma participation pendant une année au groupe créé par Jean Meynier quand il y eut panne de Secrétaire Pastorale. Nos étions comme un vis à vis devant les questions et décisions dont il avait la responsabilité. Le bonheur, ce fut l’amitié vécue dans la rencontre des 4 autres membres, amitié créée par le partage de chacun sur son parcours, amitié vraie qui dure aujourd’hui. J’ai davantage découvert les dimensions de la Zone avec ses ombres et lumières ! Et la zone, quelle place a-t-elle eu ? La Zone, je l’ai vécue comme un lieu plein de vitalité, d’une dimension favorable aux rencontres et à l’expression de multiples aspects de la mission. Elle permet de créer des passerelles pour répondre aux demandes des personnes, demandes qui font appel à des services divers : catéchuménat, catéchèse des handicapés mentaux adultes, recommençants à croire, journées avec des 5e et 4e, journées de rentrée de la zone…etc. Travailler ensemble permet de se découvrir et de s’apprécier, même en ayant des sensibilités apostoliques différentes…de se soutenir. Cet aspect ,je l’ai aussi vécu dans les réunions de recherche comme « Osons l’Eglise » etc. Joie de partager comment Dieu travaille dans le cœur des habitants de ces quartiers populaires. L’Esprit saint nous a étonnées plus d’une fois… ! |
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